Whisky japonais, attention aux mauvais plans !

Bouteille Nikka from the barrel whisky japonais

L'objectif de cet article est de passer en revue les dérives du whisky japonais et les pièges à éviter au moment d’acheter une bouteille

Nous avons tous en tête cette scène mythique dans Lost In Translation où Bill Murray prend la pose avec un whisky japonais.

C’était en 2003, à l’époque le succès du whisky Japonais n’en était encore qu’à ses débuts.

Aujourd’hui celui-ci est très plébiscité et tout le monde se l’arrache.

Au-delà de l’effet de mode, il faut reconnaître que les Japonais font de très beaux whiskies qui n’ont rien à envier au modèle écossais.

Devant une telle réussite, l’appât du gain a attiré des acteurs bien moins sérieux et les dérives ont commencé à apparaître.

Bill murray pose avec du whisky japonais

Pourquoi il faut faire attention ?

Il faut du temps pour faire du whisky, parfois de longues années.

Les japonais n’ayant pas anticipé un tel succès, il ne reste plus grand chose en stock alors que la demande a continué à augmenter.

À ce sujet, j’ai rédigé une article pour nous aider à mieux comprendre la structure de prix d’une bouteille.

Du coup les prix ont explosé et tous les moyens sont bons pour en tirer profit.

Pour répondre à la demande les industriels ont trouvé la solution : proposer des whiskies jeunes sans mention d’âge.

À première vue la bouteille est attrayante, mais ce qu’il y a dedans l’est beaucoup moins.

Ne pas mentionner l’âge d’un whisky n’est pas un bon indicateur de transparence et encore moins de qualité.

Et ce n’est pas tout.

En Écosse, la Scotch Whisky Association a pour rôle de réglementer la production de whisky. 

Un “single malt Scotch whisky” doit être produit uniquement à partir d’orge maltée, être distillé en alambic à repasse, doit vieillir minimum trois ans en fût de chêne, et être issu d’une seule et même distillerie.

Au Japon, il n’y a quasiment aucune réglementation qui encadre la production et la commercialisation de whisky.

Il est par exemple autorisé de mélanger des whiskies japonais et étrangers et d’appeler ce mélange “whisky japonais”.

Certains groupes japonais ont d’ailleurs racheté des distilleries écossaises pour utiliser leur distillat et en faire du whisky japonais. 

Le producteur n’est pas tenu de mentionner l’origine du distillat, tout est permis.

Certains blends japonais peuvent aussi contenir des alcools neutres, ou de l’alcool de riz, et s’appeler “whisky” en toute légalité.

C’est dommage car dans cet océan d’arnaques il y a de beaux produits.

Alors justement comment s’y retrouver et quels sont les pièges à éviter?

1er piège : la contrefaçon

Il est de plus en plus fréquent de voir des bouteilles contrefaites de marques connues, comme par exemple la célèbre bouteille Hibiki.

Dans cet excellent article, l’auteur nous explique qu’une bouteille d’Hibiki a été reconditionnée avec du faux whisky. 

Ils mettent parfois un autre whisky, ou peuvent carrément mettre de l’éthanol avec du colorant ce qui est dangereux pour la santé.

L’un des moyens de vérifier si c’est une vraie bouteille est de regarder l’emballage plastique du bouchon. 

Si les tirets de l’emballage (1) ont une forme en éclair et qu’un trait vertical (2) est à la base de l’emballage, il s’agit d’une vraie bouteille. 

La bouteille contrefaite aura un emballage avec des traits simples (1) et pas de trait vertical à la base (2).

Il faut avoir l’œil !

2e piège : Les fake whiskies

On peut définir un faux whisky japonais par un whisky qui n’a pas été distillé ni vieilli au Japon.

Le problème est que c’est difficile d’avoir des informations concrètes sur l’origine du distillat d’une bouteille de whisky japonais.

Dans cette infographie très complète, l’auteur prend le parti de répertorier par marque tous les whiskies, des vrais aux “fake”.

Il mentionne par exemple que la bouteille ci-dessous est un fake whisky:

Cette bouteille est pourtant référencée chez plusieurs vendeurs en ligne comme La Maison du Whisky et Amazon.

Il y a très peu d’informations sur la composition de ce blend, il est mentionné “Japanese Blend” mais cela ne veut pas dire grand chose au final.

On peut faire un bon whisky en mélangeant des distillats de plusieurs pays, mais ça n’a rien d’un produit local vendu en tant que tel.

Alors comment avoir confiance ?

Difficile de s’y retrouver ça s’est sûr !

3e piège : les “shochus” vendus comme des whiskies

Le shochu est une eau-de-vie japonaise qui peut être distillée à partir de riz, d’orge, de patate douce ou de sarrasin.

Il arrive souvent que des producteurs vendent des bouteilles de whisky faites à partir de Shochu.

Prenons comme exemple la bouteille ci-dessous:

Le producteur a au moins l’honnêteté d’être transparent sur ce point.

Autre exemple:

Un Whisky 100% fabriqué de riz koji noir et d’indica.

Cette bouteille atteint d’ailleurs 90 euros sur certains sites de vente en ligne :

Un whisky fait à partir de riz, ce n’est pas du whisky et pour 90 euros c’est pas cool.

4e piège : les world whiskies

Un world whisky est un assemblage de distillats de différents pays.

Les marques qui lancent ce type de produit ont le mérite de jouer la carte de la transparence.

Il est clairement mentionné world whisky sur l’étiquette, encore faut-il savoir ce que cela veut dire.

Comme on peut le voir sur la bouteille Suntory ci-dessous.

La description du produit est claire :

Il y a une belle étiquette avec des signes de l’alphabet hiragana qui nous laisse croire que c’est un produit nippon.

Même cas de figure pour cette bouteille world blend de Ichiro:

Comment éviter les pièges ?

Alors comment faire si l’on souhaite acheter un véritable whisky japonais ?

Pour moi, le mieux est de jouer la carte de la sûreté et d’aller vers des valeurs sûres.

Avec des marques comme Nikka, Yoichi, Hibiki, ou encore Chichibu (la liste est non-exhaustive) vous prenez peu de risques.

Le revers de la médaille avec ces marques, c’est que les prix piquent un peu, beaucoup même.

Lors de votre achat, posez de nombreuses questions à votre caviste, scrutez l’étiquette pour voir quel niveau de détail est renseigné.

Si vous sentez que quelque chose n’est pas clair, abstenez-vous.

L’autre solution un peu plus radicale, est de vous tourner vers d’autres pays comme les whiskies écossais ou les whiskeys américains.

Ces produits doivent respecter des règles bien plus strictes,  donc vous êtes tranquilles.

Il y a de nombreuses bouteilles pour une qualité toute aussi bonne, voire meilleure, et un prix bien plus accessible.

Personnellement, j’évite d’acheter les whiskies japonais en ce moment, cela ne vaut clairement pas le coup.

Peut-être que les prix baisseront à l’avenir et que les réglementations seront bien plus strictes, les amateurs ne demandent que ça 😉

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2 réflexions sur “Whisky japonais, attention aux mauvais plans !”

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